Passer la frontière entre le Chili et l’Argentine par les Andes

Passer la frontière entre le Chili et l'Argentine par les Andes

La pomme achetée la veille à Mendoza, le morceau de fromage gardé pour la pause, le sachet de graines rapporté d’un marché : à l’entrée au Chili, ce sont souvent ces détails, bien plus que les passeports, qui retiennent les voyageurs au guichet. La frontière entre les deux pays suit la ligne de crête des Andes sur la plus grande partie de sa longueur, et chacun de ses passages routiers relève de la montagne autant que de l’administration.

Des passages de haute montagne, soumis à la météo

Entre Mendoza et Santiago, le grand axe passe par le Cristo Redentor et son tunnel creusé à plus de 3 000 mètres. Plus au nord, le Paso de Jama relie la région d’Antofagasta à la province de Jujuy par une route entièrement goudronnée ; c’est le trajet le plus direct entre San Pedro de Atacama et Purmamarca, et une partie des formalités s’y déroule à plus de 4 000 mètres d’altitude.

Ces cols peuvent fermer, parfois quelques heures, parfois davantage, en cas de neige, de vent violent ou de tempête. Le risque est surtout hivernal, mais un épisode de mauvais temps reste possible au printemps austral. Les autorités des deux pays publient l’état des passages : c’est la première chose à consulter la veille d’une traversée, avant même de boucler les bagages.

Ce que l’on contrôle, d’un côté comme de l’autre

Le principe est celui de toute frontière terrestre : on sort d’un pays, puis on entre dans l’autre. Selon les passages et les périodes, les services des deux États sont regroupés dans un même complexe ou installés l’un après l’autre, et cette organisation a changé plusieurs fois au fil des années. À chaque passage, trois administrations interviennent :

  • les services migratoires, qui vérifient les passeports et enregistrent les entrées et sorties ;
  • la douane, qui s’intéresse aux véhicules et à ce qu’ils transportent ;
  • les services sanitaires et agricoles, qui inspectent les bagages.

La moto passe la frontière avec son pilote. Ses papiers sont examinés et, pour un véhicule de location, une autorisation de sortie du territoire délivrée par le propriétaire est en principe exigée, tout comme une assurance valable de l’autre côté. Ces documents se préparent avant le départ, jamais au poste-frontière. À l’entrée, la douane enregistre en général l’admission temporaire du véhicule, et le document remis à cette occasion se conserve précieusement jusqu’à la sortie du pays, où il peut être réclamé.

Pour les ressortissants français, aucun visa n’est demandé pour un séjour touristique dans l’un ou l’autre pays, mais les conditions peuvent évoluer. Les fiches Conseils aux voyageurs de France Diplomatie et les sites des ambassades du Chili et d’Argentine font foi : c’est là qu’il faut vérifier la validité exigée du passeport et les éventuels changements de règles.

Pourquoi le Chili se montre si strict sur la nourriture

La surprise vient presque toujours du côté chilien. Le pays est un grand exportateur de fruits, et son Service agricole et d’élevage, le SAG, veille sur l’état sanitaire des cultures et des troupeaux avec une rigueur qui étonne souvent les visiteurs. Tout ce qui est d’origine végétale ou animale doit figurer sur une déclaration sous serment, quelle que soit la quantité : fruits frais, viande, produits laitiers, miel, graines, mais aussi objets d’artisanat en bois, en laine ou en cuir.

Déclarer ne signifie pas forcément tout perdre : selon leur nature, certains produits sont acceptés après inspection, d’autres retenus. Ne rien déclarer expose en revanche à une amende si le produit est découvert lors de l’inspection des bagages. Une version numérique de la déclaration peut être remplie gratuitement avant d’arriver, ce qui accélère le passage au guichet.

L’Argentine applique elle aussi des contrôles sanitaires à l’entrée, mais c’est à l’entrée au Chili que la règle prend le plus de voyageurs au dépourvu. La règle pratique tient en une phrase : on termine ses provisions avant la frontière, ou on les déclare.

Combien de temps faut-il prévoir au poste-frontière ?

Personne ne peut dire à l’avance combien de temps prendra un passage. En semaine et hors vacances, il peut être rapide ; un week-end prolongé ou une période de congés scolaires suffit à allonger nettement la file, en particulier au Cristo Redentor, très fréquenté l’été par les Argentins qui rejoignent la côte chilienne.

À moto, cette attente se prépare. On garde à portée de main une couche chaude, de l’eau et de quoi grignoter, à terminer avant le contrôle chilien, et l’on évite de programmer une longue étape après la frontière. L’altitude ajoute sa part : au-dessus de 4 000 mètres, rester debout une heure fatigue bien plus qu’en plaine.

Voyager en groupe partage cette logistique sans la supprimer. Même sur un circuit encadré comme celui que propose l’agence West Forever entre Santiago, le désert d’Atacama et Mendoza, avec deux guides et deux véhicules d’assistance, chacun présente son propre passeport et répond de ce que contiennent ses bagages.

Le geste le plus utile se fait donc la veille : vider sacoches et poches de tout aliment frais, relire la liste des produits à déclarer et vérifier l’état du col. Une frontière andine se passe d’autant mieux qu’on s’y présente sans rien avoir à expliquer.